
La Cité internationale de la langue française située dans le château royal de Villers-Cotterêts a été inaugurée le 30 octobre 2023. Pour accueillir ce projet, l’édifice a fait l’objet d’une importante restauration, car il avait longtemps été menacé de péril.
Nous vous suggérons d’inclure dans votre escapade dans le Valois une visite de ce site qui abrite un château royal et un parcours immersif dédié à la langue française qui enthousiasmera et passionnera petits et grands.
https://www.cite-langue-francaise.fr/visiter/en-famille
Un patrimoine unique
Ces lieux furent remarquables, tant pour leur architecture que pour leur histoire. En 1539, notamment, on y avait signé la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts instituant le français comme langue nationale. Une importance historique et unique : « C’est l’une des premières, en tout cas, l’une des plus importantes résidences royales dans l’histoire de France. Et aussi aujourd’hui, le château de Villers-Cotterêts est l’un des tout premiers ensembles de décor sculpté, les fameux caissons royaux, par rapport aux autres châteaux royaux français. »
Sous le grand escalier, Christiane Riboulleau, chercheuse au service d’inventaire du patrimoine culturel de Picardie, dévoile la richesse de l’ornementation : « Là, on a un escalier très riche avec toute son emblématique royale, car vous verrez, sauf une ou deux exceptions, des salamandres, des fleurs de lys couronnées, des « F » couronnés. Donc là, c’est vraiment le roi qui affirme qu’il est le maître du lieu », un lieu unique selon elle.
Le futur écrin de la francophonie
En 2018, la grande nouvelle tombait : le château allait être réhabilité pour devenir une cité de la francophonie. Une aubaine pour l’édifice. Un projet porté par Emmanuel Macron qui en avait fait une promesse de campagne. Ce projet sur la francophonie devrait permettre d’ouvrir le château sur la ville, d’y accueillir des artistes et des touristes.
L’histoire du château de Villers-Cotterêts à travers les siècles
Un destin royal
La renommée de la forêt de Retz, dans l’Aisne, ne date pas d’hier. En 632, Dagobert Ier y pratique déjà la chasse ! Les rois qui lui succèdent apprécient eux aussi sa richesse en gibier et y font construire une résidence sans prétention.
La grande histoire du château ne commence réellement qu’avec le futur François Ier, qui reçoit de son cousin le roi Louis XII le duché de Valois et le château alors qu’il n’a que 3 ans !
En 1528, quelques années après sa lourde défaite à Pavie en Italie, le souverain lance une série de chantiers, du Louvre qu’il agrandit au château à Fontainebleau qu’il construit.
Pour s’adonner à son activité favorite, la chasse, symbole des élites, il érige un palais royal au milieu de la forêt de Retz, la plus vaste de France à l’époque.
Villers-Cotterêts, qui n’est alors qu’un village modeste, a aussi l’avantage d’être le cœur géographique du duché de Valois, dynastie dont François Ier est issu.
L’une des rares demeures royales de Picardie
Avec son décor foisonnant, l’imposant château rivalise avec les plus belles réalisations de son époque.
Chef-d’œuvre de l’architecture de la Renaissance, la chapelle est la première en France à rompre avec la tradition gothique. Signe de la puissance monarchique, les emblèmes du roi (salamandre, fleur de lys et initiales couronnées) remplacent dans ce lieu de prière les symboles chrétiens.
Au fil du temps, les grands noms de l’architecture travailleront à Villers-Cotterêts, de Philibert Delorme (1514-1570), premier architecte du roi Henri II qui participera à la construction du Louvre, à André Le Nôtre (1613-1700), le célèbre jardinier de Versailles qui transformera le parc à la demande de Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV.
Affectionné par les rois de France, en particulier Henri II qui y chasse le cerf pendant sept ou huit heures d’affilée, Villers-Cotterêts devient lors des séjours de la cour une sorte de capitale éphémère du royaume où la politique se décide.
En 1539, François Ier y signe une ordonnance historique pour, entre autres, imposer le français dans les actes administratifs et juridiques.
Henri II y prendra, lui aussi, d’importantes décisions politiques.
Ces séjours irriguent toute l’économie de la région. Marchands, paysans, aubergistes et artisans sont appelés pour nourrir et servir la cour et ses invités de prestige.
Lors d’un seul séjour de François Ier, on commande « 219 poulletz et pigons », 10 cochons, « douze tourtezelles » et 94 chapons !
« S’amuser comme à Villers-Cotterêts » : les fêtes du château de « Mon Plaisir »
Si le château est le siège de l’activité économique et politique du pays pendant les séjours des rois, il est aussi le théâtre de fêtes. « Mon Plaisir », le surnom que François Ier aurait donné au château, en est révélateur !
Ces réjouissances et les fêtes locales des siècles suivants suscitent le dicton qui serait né au XIXe siècle : « s’amuser comme à Villers-Cotterêts ».
Les Orléans, qui reçoivent le château en apanage par Louis XIV en 1661, y mèneront une vie de jeux, de conversations et de réceptions.
Louis XIV y séjourne à plusieurs reprises, dont une fois à l’occasion d’un bal masqué en 1680.
Le Régent, Philippe II d’Orléans, y organise une fête pour le sacre de Louis XV où 1 000 invités engloutissent 80 000 bouteilles de vin de Bourgogne et de Champagne et applaudissent 140 acteurs de l’Opéra.
Autre évènement historique majeur, à la fois artistique et politique, en 1664, la troupe de Molière crée une nouvelle comédie intitulée Le Tartuffe ou l’Hypocrite.
Bien qu’appréciée par le roi, Louis XIV, influencé par l’archevêque de Paris, fait interdire les représentations publiques de la pièce. Ce qui ne l’empêchera toutefois pas de la revoir en privé avec une partie de la Cour. Quatre mois plus tard, Molière et sa troupe jouent en effet cette première version du Tartuffe au château de Villers-Cotterêts devant le roi.
Des fastes royaux aux mendiants
Les turbulences de la Révolution sonnent le glas de la gloire du château, saisi comme bien national en 1790. L’histoire s’accélère alors, et les démolitions avec.
Une caserne de l’armée républicaine s’y installe brièvement en 1789, puis un dépôt de mendicité en 1808 pour les indigents du département de la Seine, qui recouvre à l’époque une petite partie de l’Île-de-France actuelle (Paris et les communes avoisinantes dans un rayon d’une dizaine de kilomètres).
Afin d’accueillir jusqu’à 1800 reclus, des travaux sont ordonnés et dégraderont une partie de l’architecture fastueuse d’antan.
Réfectoire, infirmerie et dortoirs sont aménagés, comme le dortoir des hommes dans l’ancien théâtre de Louis-Philippe, ou celui des femmes infirmes dans l’ancienne chapelle royale. Les murs sont abattus pour obtenir des salles vastes afin de faciliter la surveillance. De même, des barreaux et des grillages sont fixés aux fenêtres pour décourager les fuyards et éviter les accidents.
Le château deviendra ensuite une maison de retraite de 1889 à 2014.
Un château miraculé de la Grande Guerre
Villers-Cotterêts est aux premières loges à la déclaration de la Première Guerre mondiale. Proche du front, la ville est investie par le service de santé des armées qui installe un hôpital militaire dans l’ancien château royal et dans son parc. Le 18 juillet 1918, l’artillerie tonne. Nous sommes au cœur de la seconde bataille de la Marne.
Tapis dans la forêt de Retz, les Alliés décident d’attaquer la contre-offensive allemande après leur défaite au Chemin des Dames, depuis Villers-Cotterêts avec la 10ème armée du général Mangin.
Dans cet affrontement féroce, le château sort quasiment indemne si ce n’est son aile occidentale en partie détruite et sa toiture endommagée par les impacts d’obus. Le document des dommages de guerre ne mentionne que quelques vitres cassées, une poignée d’ampoules manquantes, l’arrachement d’une lucarne au deuxième étage et la destruction du plafond du couloir devant la chapelle.
Un nouvel avenir pour le château
Le monument devient, au terme d’une campagne de restauration de grande ampleur, la Cité internationale de la langue française et propose un parcours de visite permanent qui invite à un voyage à travers la langue française et la francophonie.
Ouvert à tous, le lieu est animé par une programmation d’expositions et de spectacles.
